Creativity & Innovation

CREATIVITY & INOVATION

INTELLIGENCE COLLECTIVE ET CREATIVITE EN ENTREPRISE

Le 18 décembre 2019, BPCE-IT organisait la deuxième édition du DevOps Day. la Société de Développement Durable de Services Informatiques D2SI faisait vivre aux participants l’intelligence collective au travers d’ateliers de pratiques artistiques, et me sollicitait pour animer ces ateliers.

L’intelligence collective vécue en 6 étapes par les participants

Le public :
80 collaboratrices et collaborateurs travaillant sur le DevOps, managers, RH, polytechniciens, ingénieurs, informaticien’a, développeurs… qui étaient là pour mieux digitaliser et polliniser ensemble la culture DevOps au sein des équipes IT de BPCE.
Icebreaker :
dans ce type de journée, les participants ne se connaissent pas tous. Ils viennent de toute la France. Cela nécessite de démarrer la journée avec une énergie positive. L’objectif de l’atelier était de souder le groupe et de solliciter la créativité autour de pratiques collectives étonnantes.

Lecture collective d’une publicité

Projection d’une publicité sur écran géant et libre circulation d’un micro dans les rangs. Les participants n’ont pas peur de parler sur ce type d’image “ordinaire” du quotidien. Je masque la marque et leur demande juste de décrire ce qu’ils voient et non ce qu’ils savent ou ressentent. Il y a des rires, des échanges, des chuchotements et les remarques fusent… L’atmosphère commence à changer. Les participants sont alors en condition pour s’exprimer sur une oeuvre d’art.

Lecture collective d’une œuvre d’art

Tout le monde s’exprime. Je pose des questions et passe avec le micro. Ce sont les participants qui parlent (et non moi, tel un conférencier dans un musée) pour « apprendre à se libérer de l’autorité du sachant ». Nous cherchons des indices « comme Sherlock Holmes » et mettons un point d’interrogation sur chaque découverte qui nous étonne. Je ne donne aucune information sur l’artiste ou sur l’époque et je demande aux participants de décrire l’œuvre comme si j’étais aveugle : ce qu’ils ont vu en premier, les couleurs, les constructions (horizontales, verticales, obliques), le nombre de personnages, les détails… Il n’y a pas d’évidence. Dans un geste iconoclaste, je m’autorise à dessiner sur l’oeuvre ce que les gens voient puis, je leur montre ce qu’ils ne voient pas et enfin, ce qu’ils ne veulent pas voir ! Ce tableau baroque de Rembrandt (1642) est exceptionnel pour ses messages cachés (personnels, politiques, religieux, financiers, sexuels). L’assemblée aboutit à une lecture de l’oeuvre dans son ensemble et dans ses détails en mutualisant les regards de chaque participant, aboutissant à une compréhension riche et une prise de liberté face à un sujet très complexe.

À la fin, je donne quelques informations sur l’époque, le capitaine, le peintre, la femme et les enfants du peintre, la religion, pour les corroborer avec les questions soulevées. Tout le monde est attentif et presque tous participent. Il y a des murmures et des chuchotements, les participants se parlent entre eux. Il y a des exclamations. Ils sont détendus, s’amusent et apprennent. Je suggère alors que ce travail d’attention et de lecture collective pourrait être transposé sur un paysage ou sur un nouveau projet.

Atelier de “yōkai no emakimono”

Maintenant que j’ai mis les participants en attention, c’est à dire en capacité d’observer sans savoir et sans juger, et qu’une histoire collective a commencé à naître, le groupe est prêt à créer ensemble et sans peur. Un atelier prévu durant la pause déjeuner d’1h30 offre un espace de création aux participants, qui sont toute la journée sur des ordinateurs, ne dessinent plus depuis le collège et n’ont plus aucun mode ludique d’apprentissage. Quoi de mieux que de leur faire réaliser des personnages hybrides (mi humains, mi animaux) qui ne demandent aucun savoir faire, ni ressemblance ? Pour cela, les yōkai japonais sont parfaits : des formes bizarres, des couleurs pétantes, plusieurs yeux, plein de poils, plusieurs oreilles, des pattes, des griffes, des écailles, des ailes, des mains… autrement dit : il s’agit d’oser, recombiner, changer d’échelle, exagérer… La consigne technique est précise « une noisette de couleur passée au chiffon sur le papier puis estampage d’un relief avec un pastel à la cire ». Il n’y a aucun enjeu ni aucune attente. Les participants sont libérés des jugements, de la crainte du regard des autres et de leurs peurs. Le résultat : une farandole de dix mètres de long, de yokai dansants, libres et rieurs (voir image d’ouverture).

Croquis des intervenants

Toute la journée, je réalise les portraits des intervenants et le soir, nous leur offrons ces dessins encadrés. Dessiner en public est une façon de désacraliser la création en montrant la créativité à l’œuvre. Les participants découvrent que le temps du dessin est incompressible. Et puis c’est un cadeau bien plus marquant qu’une sacoche ou des chocolats, qui permet de faire perdurer l’esprit de l’événement lorsqu’il sera accroché dans les locaux.

Lecture du “yōkai no emakimono”

Dans un deuxième temps nous proposons de faire une lecture du rouleau de yōkai avec des membres des équipes présentes voire avec des représentants d’autres équipes qui ne sont pas de l’IT (RH, marketing…). C’est une étape très riche d’enseignements et incontournable, si l’on ne veut pas qu’un « atelier créatif» soit associé consciemment ou inconsciemment à une simple « animation récréative ». En effet, à travers la création des yōkai puis à travers leur lecture, je mets en œuvre une pédagogie innovante de l’attention : les dynamiques individuelles et collectives inscrites sur le rouleau sont alors de formidables sources d’informations et de transformations. À partir de tous ces éléments recueillis, il est alors possible de faire des ponts avec certains des projets en cours et réaliser des parallèles avec ce qui s’est passé dans certaines équipes. Nous pourrons reprendre ce qui a été vécu comme un échec pour en découvrir la richesse cachée.

Faire entrer les pratiques artistiques dans l’entreprise fait évoluer de façon ludique les consciences et le regard porté sur le travail en équipe. Ces ateliers créatifs mettent en valeur les relations entre individus et collectif.